Pendant quinze ans, Michel a vécu une situation aussi singulière que complexe : en arrêt maladie depuis 2008 à cause d’une leucémie, cet ingénieur d’IBM perçoit chaque mois près de 5 000 €, soit environ 75 % de son ancien salaire. Un dispositif interne de l’entreprise lui garantit cette somme jusqu’à ses 65 ans. Pourtant, malgré cette sécurité financière rare, Michel a saisi la justice pour obtenir des augmentations annuelles équivalentes à celles de ses collègues encore en activité. La décision est tombée : le tribunal a rejeté sa requête.
Un revenu garanti mais des attentes croissantes
À première vue, toucher 5 000 € mensuels pendant plusieurs décennies peut sembler plus que confortable. Selon les estimations du dossier, Michel pourrait ainsi cumuler près de 1,72 million d’euros d’ici son départ à la retraite. À titre de comparaison, en France, l’indemnisation patronale en cas d’incapacité longue durée est généralement limitée à deux ou trois ans et plafonnée à 90 % du salaire brut les premiers mois, puis dégressive.
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Pour Michel, ce mécanisme demeure toutefois un « revenu figé ». Depuis 2008, son pouvoir d’achat s’est érodé : l’inflation britannique a dépassé 10 % sur certaines périodes récentes, quand les hausses cumulées de prix depuis quinze ans frôlent les 35 %. Sur la même période, ses collègues actifs ont obtenu des augmentations annuelles moyennes de 2 % à 4 %, bénéficiant parfois de bonus liés aux performances de l’entreprise.
Les arguments avancés devant le tribunal
- Discrimination liée au handicap : Michel estime que l’absence d’indexation le pénalise doublement, puisqu’il ne peut ni faire évoluer sa carrière ni négocier son salaire.
- Érosion du pouvoir d’achat : entre la hausse des prix de l’énergie, des loyers et des dépenses médicales, ses charges courantes auraient augmenté de près de 400 € par mois depuis son premier arrêt.
Son avocat a ainsi souligné qu’un salarié en poste et promu au grade supérieur pourrait aujourd’hui gagner plus de 100 000 € bruts annuels, contre les 60 000 € environ perçus par Michel.
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Une décision sans appel : « Un avantage déjà très substantiel »
Le tribunal du travail de Reading a reconnu la situation personnelle de Michel mais a jugé que l’accord d’entreprise constituait un avantage « très substantiel » et qu’exiger des hausses automatiques reviendrait à « dénaturer l’esprit même du dispositif ». Plusieurs points ont pesé :
- L’engagement de l’employeur sur près de trois décennies, une durée jugée exceptionnelle.
- Le niveau de rémunération, supérieur à la majorité des régimes d’invalidité privés au Royaume-Uni et nettement au-dessus des standards européens.
Un cas qui relance le débat sur l’équité en entreprise
L’affaire Michel soulève des questions sensibles. Faut-il plafonner la durée des plans de maintien de salaire ? Doit-on systématiquement indexer les indemnités longue durée sur l’inflation ? Dans un contexte où 1 salarié sur 20 au Royaume-Uni est en incapacité prolongée, la décision fait jurisprudence :
• Les partisans du jugement rappellent que l’entreprise assure déjà une sécurité rare, aux frais de sa trésorerie.
• Les critiques y voient un risque de précarisation silencieuse : sans revalorisation, un salaire garanti perd jusqu’à 40 % de sa valeur en vingt ans.
Et après ?
Michel demeure sous contrat avec IBM, mais sans perspective de retour à l’emploi. Son cas n’est plus contestable devant le tribunal national, à moins d’un appel fondé sur de nouveaux éléments médicaux ou financiers. Entre satisfaction pour certains et amertume pour d’autres, le dossier laisse entrevoir un futur où les entreprises devront concilier performance économique et prise en charge durable du handicap.
David, passionné d’entrepreneuriat et de business, toujours à la recherche de nouvelles opportunités et projets innovants.



